Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 15:54

Dans les magazines féminins, à la télévision, sur internet et ailleurs, pulullent les conseils pour maigrir, les offres pour se faire raboter la cellulite ou arrondir les seins, les méthodes pour bien rester toniques, se muscler, effacer les rides et les cernes, bref, ressembler le plus possible et le plus longtemps possible à une image statique de jeune beauté que le temps et la vie n'atteignent pas. Les sociologues de tous bords sont tous d'accord pour vilipender cette "dictature de la beauté" qui n'est que le signe visible de notre vaine quête de l'immortalité. Mais malgré les pubs dans lesquelles on voit des femmes rondes, malgré les cris des féministes et autres militants du "savoir rester soi-même", force est de constater que le temps d'une relation apaisée avec notre corps n'est pas encore venu.

Parmi mes amis, qui pourtant connaissent l'évolution des modes et leur inanité, qui pourtant savent que s'assumer est le seul véritable gage de séduction, nombreux sont celles et ceux qui déplorent la forme ou le volume de leurs fesses, les angles de leur visage ou encore leur stature, en passant par leur poids, évidemment. L'intelligence seule ne suffit pas à se prémunir contre la puissance des diktats actuels.

Pire, quand on voit que de plus en plus nombreuses sont les fillettes qui se maquillent et veulent porter des soutiens-gorge rembourrés, on ne peut que s'effrayer de la montée en puissance d'un phénomène dévastateur.

Jamais encore dans l'histoire de notre monde le corps n'a été si formaté, dompté, critiqué, ausculté, surveillé. Comme s'il était un produit que l'on peut modeler et moduler par la seule force de notre volonté et de notre désir.

 

C'est justement la grande erreur que de considérer le corps comme une simple enveloppe, un véhicule de notre esprit, sur lequel on pourrait exercer notre toute-puissance. En effet (et les sages le disent depuis des temps immémoriaux), le corps, l'esprit et l'âme ne font qu'un. La discipline que j'impose à mon corps a des répercussions sur mon esprit (la persévérance par exemple) ; si je lui manque de respect (en l'épuisant, en le nourrissant mal, en lui faisant ingurgiter toutes sortes de toxiques), je manque aussi de respect envers mon âme, je prouve que je me considère comme une personne à laquelle il n'est pas nécessaire de faire attention. Ceux qui cherchent à contrôler leur corps sont aussi dans une recherche de contrôle qui englobe l'ensemble de leur être. La sainte trinité des Chrétiens, c'est ce tout formé par le corps, l'esprit et l'âme.

 

La recherche scientifique découvre de plus en plus à quel point l'influence de l'esprit sur le corps est grande, non dans son acception de volonté, mais par le truchement des émotions. Il est désormais prouvé que le simple fait de croire qu'un traitement est efficace rend celui-ci efficient (cf l'effet placébo), et que les aliments ont une influence notable sur nos humeurs (le chocolat fait l'effet d'un anti-dépresseur, et des études récentes montrent qu'une alimentation riche en gras saturé et pauvre en vitamines rend agressif). De la même manière, on soigne en partie les dépressions par le recours à l'activité physique.

 

Dés lors, toute violence que l'on inflige à son propre corps est une violence qu'on inflige à son esprit, et tout désamour envers son enveloppe corporelle correspond à un désavoeu de ce que l'on est profondément. Autrement dit, ne pas aimer son corps, c'est ne pas s'aimer tout court.

 

De plus, notre corps est le livre de toute notre histoire. Sur notre peau les cicatrices, dans nos cellule la mémoire de toutes nos émotions fortes, sur notre visage les traces de nos soucis et de nos joies, dans nos organes les signes tangibles de notre mode de vie... Comme dans Le Portrait de Dorian Gray, le chef d'oeuvre d'Oscar Wilde, notre corps délivre jour après jour le message de qui nous avons été et de qui nous sommes, c'est à dire la somme de tout notre vécu. Y compris à travers les maladies qui disent nos blocages, nos faiblesses, nos négligences vis à vis de nous-mêmes.

 

C'est pourquoi vouloir obliger notre corps à ressembler à l'image normée actuellement en vogue, c'est tout simplement refuser sa propre histoire, oblitérer ce que l'on est réellement profondément, au profit d'un standard qui nie la diversité humaine et sa richesse. Vouloir maigrir parce que l'on se sent pesant et incommodé dans ses mouvements est une raison valable de surveiller son alimentation. Le faire pour plaire ne l'est pas.

Car tout corps peut être ressenti comme beau par une personne aimante, quelle que soit sa forme, sa corpulence, ses disgrâces réelles ou imaginaires. Un corps assumé n'est qu'une expression de soi qui se veut authentique, qui revendique une histoire, un vécu, une manière d'être, une personnalité.

Accepter son corps tel qu'il est, c'est accepter ce que l'on est globalement, avec nos défauts, nos tragédies intimes, nos manques et nos faiblesses. C'est à dire tout ce qui compose notre humanité, faillible et imparfaite, aux antipodes de l'image glacée et retouchée des icônes médiatiques.

 

La société actuelle, en nous poussant insidieusement à formater notre corps, nous dirige vers une standardisation non pas seulement extérieure, mais aussi intérieure. A terme, si nous nous laissons enfermer dans cette sclérose, nous risquons tout simplement... d'y perdre notre âme.

Par Adelaïde Dean - Publié dans : humeurs - Communauté : LA COMMUNAUTE DE TOUS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 15:01

Il est des sujets qui emportent d'emblée l'adhésion du public, notamment ceux qui mettent en avant les bons sentiments. En allant voir le dernier film de François Cluzet (acteur pour lequel j'ai beaucoup d'admiration), je m'attendais donc à une déception teintée d'agacement, imaginant un film guimauve aux accents abbé Pierre. Mais comme ce cher Cluzet joue rarement dans des navets, j'ai décidé de dépasser mon à-priori négatif et mon snobisme (6,5 millions d'entrées me laissaient présager le pire). Grand bien m'en a pris !

Intouchables_Omar_Francois.jpg

 

Les deux protagonistes font partie de ces personnages qui ont actuellement, dans l'imaginaire collectif, une certaine aura de sympathie. Un tétraplégique ne peut provoquer que compassion, et un jeune des banlieues qui se rachète une conduite honorable ne suscite que l'engouement, en ces temps de stigmatisation... Pourtant, la force du film réside dans le fait que ni Philippe l'handicapé, ni Driss le délinquant, ne tombent dans les clichés habituels. Driss n'est pas un ignare même s'il pense que Berlioz est avant tout un quartier ; Philippe refuse de s'apitoyer sur son sort et fait preuve d'auto-dérision, capable d'accepter sans broncher la fameuse blague "pas de bras, pas de chocolat". Du coup le duo semble évident, n'a rien de surfait ou d'artificiel, et les "vannes" qu'ils se lancent tous deux tout au long du film permettent de rire, non pas jaune, mais vraiment de bon coeur.

 

Outre l'aspect réellement humoristique de l'oeuvre (je n'avais pas tant ri au cinéma depuis bien longtemps), l'accent est mis sur l'amitié qui se développe entre ces deux hommes que tout sépare, aussi bien matériellement que culturellement. Même si Driss est impressionné par la richesse de Philippe, il n'en conçoit aucune rancoeur, aucune jalousie, et à aucun moment ce dernier ne se sert de sa "supériorité" matérielle et culturelle pour dévaloriser son assistant. Il existe d'emblée un vrai respect entre ces deux hommes, qui, chacun à leur manière, poussent l'autre vers le meilleur de lui-même. C'est à mon sens la vraie réussite du film que de montrer cela. Ils se comprennent sans avoir besoin de parler, et se livrent leurs secrets les plus douloureux sans pudeur mal placée. L'humanité la plus authentique, dans sa générosité et son besoin de plaisirs partagés, éclabousse l'écran du début à la fin.

intouchable.png

 

Un petit bémol tout de même (il en faut toujours un !) concernant le personnage de la fille de Philippe, qui n'apporte rien au film, si ce n'est des digressions sur l'adolescence qui me semblent hors sujet.

 

Au final et par rapport au titre, on admet que ceux qui sont mis à l'écart de la société parce qu'ils n'entrent pas dans le moule ne sont pas forcément les plus à plaindre...

 

 

Par Adelaïde Dean - Publié dans : télé, ciné, images - Communauté : Regard sur le monde en général
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 14 août 2011 7 14 /08 /Août /2011 15:28

Une apologie de l'altruisme

 

Dans ce film réalisé par un illustre inconnu (Richard kelly), on est d'emblée séduits par la belle Norma (Cameron Diaz), moins souriante qu'à son habitude pourtant. Elle et son mari reçoivent la visite d'un bien étrange visiteur, défiguré, qui leur propose un million de dollars contre un acte à la fois anodin et très lourd de conséquences : en appuyant sur le bouton rouge de la boîte qu'il leur fournit, ils tueront quelqu'un, mais sans savoir qui ni comment.

A l'instar de la plupart de ceux à qui cette proposition a été faite, ils décident d'appuyer sur le bouton.

Et c'est là que leurs ennuis commencent.

 

Sans dévoiler toutes les péripéties du film, on peut tout de même révéler ce qui sous-tend cette étrange proposition : nos amis les martiens font passer un test à l'humanité. Si l'altruisme l'emporte, alors ils nous laisseront tranquilles. Dans le cas contraire, les humains seront détruits, purement et simplement. Hélas, il semblerait que nous ne soyons pas à la hauteur de leurs espérances.

 

Cette portée philosophique de l'oeuvre pourrait porter ses fruits si le film n'était pas gâché par des effets spéciaux sans le moindre intérêt, par une armée de zombis humains ("les employés") dont on a peine à identifier la fonction dramatique, et par une trame scénaristique quelque peu embrouillée.

 

L'histoire se termine de manière tragique car le second test infligé par l'émissaire martien consiste à choisir entre son enfant et son conjoint : condamner le premier à rester sourd et aveugle, ou tuer le second. Comme les humains ne sont pas si mauvais, ils donnent en général ses chances à l'enfant. L'empathie l'emporte : plutôt mourir que d'infliger une vie de mort-vivant à son enfant. L'humanité demeure donc, dans la balance martienne, en fragile équilibre. Tuer un inconnu sans se salir les mains, pas de problème, mais voir son enfant souffrir, ça non. Un film assez réaliste donc, qui montre bien les failles et les forces de notre espèce, pour laquelle l'appât du gain reste une priorité devant la vie d'autrui, mais qui est capable du dévouement le plus total pour les siens. Fort heureusement, l'auteur n'abuse pas de moralisme face à cette dénonciation.

 

Un sujet très intéressant donc, mais un film que je qualifierai de raté, dans sa dimension dramatique. La science-fiction perturbe ici le thème au lieu de le servir.

 

Et nous, aurions-nous appuyé sur le bouton rouge ? c'est la question qu'on se pose immanquablement. De quoi alimenter la réflexion.

Par Adelaïde Dean - Publié dans : télé, ciné, images - Communauté : Pour un monde meilleur
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 11 août 2011 4 11 /08 /Août /2011 16:42

Une promesse scientifico-ésotérique bien trouble

Comme tout le monde j'aimerais maîtriser mon destin et faire de ma vie un perpétuel enchantement. Tout ouvrage qui, de près ou de loin, semble pouvoir m'aider dans cette quête reçoit donc d'emblée mon intérêt. Il est rare, hélas, que celui-ci perdure au delà de quelques chapitres, et ce livre n'a pas fait exception à la règle.

 

Lucile et Jean Pierre Garnier Malet ne sont pas des olibrius qui construisent des soucoupes volantes dans leur jardin, loin s'en faut. Monsieur Garnier est un physicien titulaire d'un doctorat de mécanique des fluides, s'il vous plaît. Fondateur de la théorie du dédoublement du temps, ses connaissances en physique n'ont rien de farfelu. Pourtant, à la lecture de "Changez votre futur par les ouvertures temporelles", je ne peux que rester sceptique, voire circonspecte, face à ses explications et démonstrations, qui tendent à prouver que nous serions capables d'agir sur notre futur (mais aussi notre passé) en nous glissant sciemment et intelligemment dans les interstices du temps.

 

Nous avons tous fait l'expérience de la relativité du temps (une heure chez le dentiste n'équivaut pas à une heure devant notre film préféré), et Einstein en a fait la preuve. Il n'y a donc rien à redire sur le principe de base de la théorie, à savoir que le temps subit des accélérations dont nous ne sommes pas conscients. Pour le reste en revanche...

L'idée principale des auteurs est que nous avons un double qui vit dans notre futur, qui vient nous rendre visite très régulièrement, avec lequel nous communiquons, et dans ce dialogue se dessine et se décide ce que nous allons vivre... ou pas. En gros nous ne ferions qu'actualiser dans notre présent un futur potentiel (parmi tant d'autres), dont nous avons une connaissance inconsciente, via notre double, ce messager. Le postulat des auteurs est donc de dire que si nous communiquons bien avec ce double, en lui disant exactement ce que nous voulons, alors il va aménager notre futur en fonction de nos désirs, et nous n'aurons plus qu'à actualiser une seule potentialité dans notre présent (celle que nous aurons choisie, donc). En revanche si l'on ignore ce double, on le laisse piocher dans la myriade de pensées, désirs contradictoires, défenses inconscientes et autres salmigondis psychiques, et il fait alors n'importe quoi. Notre vie n'est alors qu'une suite de malheurs.

Les auteurs préconisent essentiellement de nous adresser à notre double juste avant de dormir, puisque c'est durant le sommeil que l'essentiel de ces dialogues intangibles aurait lieu. Ils ne précisent volontairement pas l'essence de ce "double", qui, sommairement, semble être notre âme ou quelque chose d'approchant.

 

Outre que, comme beaucoup de scientifiques hélas, les auteurs ne savent pas s'exprimer assez clairement et la lecture est souvent aussi ardue que peu satisfaisante, leurs explications ont quelque chose d'inachevé, de superficiel, qui laisse en proie au désarroi car on sent bien que tout cela manque de solidité.

 

Mais le plus dérangeant est sans doute la promotion des stages proposés par les auteurs, qui suinte tout au long de l'ouvrage de manière à peine estompée. Ils décrivent en effet les résultats spectaculaires obtenus sur les participants à leur formation, ce qui est une façon détournée d'appeler à en faire autant, et ce d'autant plus qu'ils nous épouvantent toutes les trois pages des milles et uns dangers qui nous guettent si nous n'entrons pas dérechef en communication avec ce fameux double qui se promène dans notre futur. Mais pour bien y arriver, naturellement, mieux vaut suivre leur formation...

 

Une belle arnaque donc, à mes yeux, que ce bouquin pseudo scientifique.

Par Adelaïde Dean - Publié dans : Lectures - Communauté : Regard sur le monde en général
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 11 août 2011 4 11 /08 /Août /2011 16:02

No Impact man, de Colin Beavan

 

C'est l'histoire d'un New Yorkais qui a décidé de se lancer un défi incroyable : pendant un an, avoir zéro impact sur l'environnement. Juste pour voir si c'est possible, et comment. Le tout en restant à New York.

Mais ce n'est pas une fiction, c'est un témoignage, qui a de quoi nous faire réfléchir, sans doute bien plus qu'une liste de recommandations ou une culpabilisation médiatique.

 

L'intérêt de cet ouvrage est de nous transmettre quasiment au jour le jour les avancées et les difficultés de cette expérience unique. Et d'autant plus unique que Colin Beavan a une femme et une petite fille, qui elles aussi vont devoir changer leur mode de vie. On peut donc tout à fait se projeter dans cette aventure, et tenter d'adapter notre propre façon de faire en fonction de ce que l'auteur raconte de ses déboires, car ils sont fort nombreux !

 

Ne plus prendre l'ascenseur,ni la voiture, ça peut sembler facile, mais quand on habite au 9e étage d'une tour et qu'on travaille à l'autre bout de la ville, il faut tout de même une sacrée dose de volonté pour s'y tenir ! L'auteur expérimente aussi les couches lavables, ne consomme que des aliments provenant de la production locale (dans un rayon de 400 kms), se promène avec son mug pour ne pas avoir à utiliser de gobelets plastique, découvre les joies du marché afin d'éviter les emballages plastiques, et finit même par renoncer à l'électricité, c'est à dire à la machine à laver, au frigo, aux veilles tardives (mais pas à son ordinateur, qu'il alimente via des panneaux solaires, ce qui pose quelques soucis en hiver...). Avec un certain humour et beaucoup de philosophie, il raconte les retombées positives de certaines de ces décisions (comme par exemple les soirées entre amis depuis qu'il n'a plus la télé), mais aussi les adaptations parfois compliquées que cela requiert.

 

Encore plus intéressant, il explique de manière bien documentée comment chaque étape peut contribuer à une diminution de l'impact négatif de l'homme sur son environnement, sa planète. Il narre en outre les réactions de son entourage, mi sceptique, mi admiratif. La grande question est de savoir si l'action individuelle peut être utile, tandis que la collectivité continue à produire 700 kgs de déchets par an et par personne (aux USA) et que les industriels demeurent les plus gros pollueurs. La réponse de Colin est nuancée et pertinente à mon sens, mais je préfère vous la laisser découvrir.

 

Sans le moindre extrêmisme, sans prosélytisme excessif, cet américain fait la démonstration qu'il n'est pas impossible du tout de réduire considérablement notre potentiel de pollution individuel, même en plein coeur de la ville la plus citadine du monde. Il ne prône ni retour à l'âge des cavernes, ni fin de la consommation, mais une posture régulée et vigilante face à notre impact sur notre environnement. Son livre, très documenté, est en outre une source d'informations non négligeable sur les dégâts en cours.

 

 

Par Adelaïde Dean - Publié dans : Lectures - Communauté : Regard sur le monde en général
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Pages

Présentation

Derniers Commentaires

Partager

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés