Publicité

Mercredi 11 février 2009

Fidelio

Dans tous les couples (ou presque) que j’ai pu côtoyer de près depuis moult années (oui, je suis vieille…) se pose, à un moment ou à un autre, la question de la fidélité. Je ne ferai pas ma sainte-Nitouche en laissant supposer que je n’ai pas eu moi-même à me poser la question… Il est donc un fait avéré que, dans un couple établi, l’attraction de l’ailleurs, de l’herbe plus verte, du statut de l’amant ou de la maîtresse, tôt ou tard advient et questionne l’un des membres du couple. Et, malgré la littérature, la cinématographie, les études psy sur la question, les débats de Delarue, l’expérience de la meilleure amie ou du voisin, l’histoire familiale et les prédictions des cartomanciennes, cette question reste toujours en suspens, ne trouve aucune réponse définitive.

On sait maintenant que, d’un point de vue purement chimico-biologique, l’attraction qu’exerce une personne sur une autre ne dépasse pas, en termes de sécrétions d’endorphines (hormones du bonheur, pour faire simple), trois ans. Au-delà de ce délai, les réactions bio-chimiques provoquées par les phéromones et autres attrape-cœurs, sont remplacées (si tout va bien), par l’ocytocine, hormone dite « de l’attachement ». Pour info, c’est cette même ocytocine que secrète le cerveau quand une mère donne naissance à son enfant. Et on sait aussi que nos humeurs sont directement liées à nos hormones, que l’on soit homme ou femme (je précise parce que certain(e)s auraient tendance à croire que les « hormones » ne sont dévolues qu’à la gent féminine).  Donc, en ce qui concerne les bases de la relation, la durée de vie de l’attraction pure n’est pas censée dépasser trois ans. Si l’on compte bien, cela donne, en gros : un an pour vérifier que le géniteur/la génitrice potentielle correspond bien aux attentes ; un an pour faire l’enfant ; un an pour le rendre viable (l’âge moyen de la marche étant 12 mois). Car ne nous nous racontons pas d’histoire : pour qu’une relation amoureuse se mette en place entre deux êtres, c’est l’attraction physique qui prime.

Tout cela n’est que chimie. Et nous sommes des humains, capables de dépasser nos instincts de reproduction mammifère.  Nous avons donc inventé la Culture.

Sur quoi se fonde la notion de fidélité, à l’origine ? Sur l’hérédité. Au départ, tout le monde forniquait avec tout le monde, l’espèce se reproduisait et perdurait, bien. Puis nous autres les Humains avons découvert la notion de Propriété : ce champ est à moi, dégage de là (en même temps, la notion de Guerre est apparue, mais c’est une autre histoire). Puisque ce champ est à moi et que toute ma vie je l’ai cultivé, ben je voudrais bien que, après ma mort, ce ne soit pas le premier quidam venu qui en profite. Qui donc pourrait en profiter, alors, se demandèrent les Hommes ? Mes rejetons ! La chair de ma chair, le sang de mon sang, mon autre moi ! Oui, mais alors, comment savoir, parmi toutes les femelles avec qui j’ai forniqué, quelles sont les mères de mes enfants, vu que d’autres mâles de la tribu ont aussi forniqué avec elles ? Les hommes firent des réunions. Ils réfléchirent longtemps. Puis ils se dirent : si chaque femelle n’est dévolue qu’à un seul homme, alors forcément ce sera elle la Mère. Ils décidèrent donc que les femelles seraient désormais empêchées de forniquer n’importe comment, qu’elles seraient distribuées aux mâles en zone restreinte, et que, comme ça, on y verrait plus clair. Toi, Femme, qui m’appartient, je te nique, moi et personne d’autre, donc ta progéniture est la mienne. Comme ça je sais à qui donner mon champ quand je meure. Ouf, je suis soulagé. Des fois qu’il aurait échoué à l’autre con d’à côté, mon super champ…

A cette époque, les notions d’Amour et de Romantisme n’avaient pas encore été inventées, vous me pardonnerez donc le terme de fornication, qui, en l’occurrence, est le plus approprié.

Comme les Hommes étaient fins, ils comprirent assez vite que le simple fait de dire « tu m’appartiens, ton ventre est à moi » ne suffisait pas. Déjà, les Femmes étaient rebelles. Ils se réunirent donc, et réfléchirent longtemps. Ils se dirent « Inventons le Mariage, faisons croire que Dieu punira tous ceux qui forniquent hors de cette loi ». Hop, aussitôt dit, aussitôt fait. Les Hommes sont efficaces, et tuaient sans vergogne, à cette époque, les récalcitrant(e)s.  Les Femmes avaient plus peur de Dieu que des Hommes, parce que déjà elles avaient la notion du Temps : l’éternité de douleur, c’est pire que quelques années de souffrance. Les femmes ont la notion du temps parce qu’elles ont leurs règles : chaque mois quelque chose revient, quoi qu’il advienne. Elles se plièrent donc à cette nouvelle loi, par peur. Faut dire aussi que, si elles y contrevenaient, on leur faisait la vie courte, elles n’avaient donc pas trop le choix. Oui, il existe encore des contrées où cette loi est toujours en vigueur, mais c’est une autre histoire…

Donc, la question de la fidélité des Femmes fut réglée du fait de la Propriété. Les Hommes eux, pouvaient continuer tranquillement à forniquer de part et d’autre, les rejetons engendrés n’ayant aucune importance, puisque seuls les « légitimes » hériteraient du champ.

Les années passèrent, les champs allaient de Père en fils, les « bâtards » étaient voués à une vie de merde, mais comme tout le monde avait plus ou moins une vie de merde, ce n’était pas si grave.

Quelques Princesses de Clèves et quelques Madame Bovary passèrent par là, mais ce n’était que des people, des épiphénomènes.

Comme les Femmes ne savaient pas ce qu’était l’indépendance, qu’elles dépendaient entièrement de leur époux, elles étaient obligées de la jouer fine. Certes, leurs instincts les poussaient parfois (souvent) vers d’autres bras, mais pour être certaines de continuer à vivre et de pouvoir donner à manger à leurs bébés, elles faisaient style.

Les années passèrent, encore et encore, et un beau jour, quelqu’un inventa la contraception, presque en même temps que l’indépendance économique des Femmes fut rendue possible (à 20 ans près, ce qui n’est rien). D’un coup d’un seul, les Femelles ne furent plus sous la coupe des Mâles pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur progéniture, et furent capables de décider si oui ou non elles feraient de leur ventre une matrice. Je te dis pas le coup de bambou dans la Culture.

Les Femmes avaient, après des millénaires de servitude, accédé de nouveau à la liberté (ou presque). Du coup, les lois sur l’hérédité prirent un sérieux coup dans l’aile. Et ce fut le bordel. D’autant plus qu’entre temps, quelques illuminés avaient réussi à infiltrer tous les milieux pour répandre l’idée qu’il pouvait y avoir de l’amour entre deux êtres. Genre : je suis avec toi parce que tu me plais, et pas parce que je peux t’apporter 1) des terres 2) du prestige 3) de la sécurité 4) un moyen de survivre.

On arriva à une gigantesque partouze, dans les années 1970. Las de siècles de contenance, on décida de reprendre les bonnes vieilles habitudes : tout le monde fornique avec tout le monde, ton champ est le mien, et youp la boum. Ce furent quelques années très colorées, surtout avec le LSD.

Comme après n’importe quelle grosse fiesta, la gueule de bois fut d’importance. Les gens, tristes et les cheveux en vrac, retournèrent à des valeurs sûres : argent, confort, réussite sociale. Ils avaient besoin de canapés moelleux pour cuver.

De cette période naquit un grand brouillard. On ne savait plus trop quoi penser, sur la fidélité. Les champs s’étaient transformés en usines et en patrimoines immobiliers, en stock-options et en assurances-vie, les tests ADN permettaient de déterminer les géniteurs mâles, les homosexuels n’étaient plus considérés comme des personnes à enfermer… Tout était soudain très flou, parce que le Ventre de la Femme n’était plus le seul repère fiable. D’autant qu’elles avaient désormais le droit de se faire avorter, de décider que l’Usine et les assurances-vie ne reviendraient à personne après l’enterrement.

Alors les Hommes firent, une fois de plus, une réunion, pour décider de la meilleure marche à suivre. Est-ce qu’il était encore nécessaire d’être fidèle ? Est-ce que les femmes avaient le droit d’avoir plusieurs partenaires ? est-ce que l’Amour supposait la Possession ? Est-ce que le fait d’avoir des rapports physiques avec des gens hors couple était condamnable ? Est-ce que embrasser, ça comptait comme infidélité ? Est-ce qu’une relation virtuelle (sur internet), ça comptait comme infidélité ?

Là, il se passa quelque chose d’inhabituel : les Hommes ne parvinrent pas à se mettre d’accord. Certainement était-ce dû au fait, aussi, que certaines Femmes avaient participé à la réunion. Ils ne parvinrent pas à un consensus, et chacun fut invité à faire comme bon lui semblerait (les réunions qui s’éternisent, ça va bien hein !).

Alors chaque homme et chaque femme fut obligé de se donner sa propre définition, sa propre aune, sa propre valeur, à la notion de fidélité. Cela mobilisa fortement leurs énergies, et ils laissèrent aller à vau l’au pas mal d’autres secteurs de leurs vies. C’est ainsi que l’économie mondiale s’écroula fin 2008, tant ils étaient préoccupés par cette grande question : faut-il être fidèle, et si oui, comment ?

Le mot fidélité vient du latin Fides, qui signifie Foi. Avoir foi en quelqu’un, c’est lui faire confiance. Ne pas craindre qu’il nous trahisse. Mais qu’est ce que la Trahison ? c’est rompre un contrat, explicite ou implicite. Au sein de chaque couple existe ce type de contrat : les limites à ne pas franchir pour ne pas blesser l’autre. Ces limites peuvent revêtir de multiples formes. Certains se sentiront trahis de savoir que leur bien-aimée a des amis masculins, d’autres quand ils apprendront qu’elle est sur le point de convoler en noces avec un autre. Certaines se sentiront trahies quand elles sauront que leur homme entretient des contacts amicaux avec son ex, d’autres quand leur amoureux fera un enfant à une fille de 20 ans de moins.

Maintenant que chacun doit définir ce qu’il entend par « fidélité », cette notion n’a plus rien d’absolu. Et c’est une chance, car chaque couple peut configurer la carte de ses amours comme il l’entend.

Mais ce qui demeure problématique, au-delà de l’imprégnation culturelle millénaire qui fait craindre l’adultère, même au temps du PACS, c’est la jalousie.

Car on peut très bien, intellectuellement, entendre, comprendre, accepter que le corps de l’Autre ne nous appartienne pas, ni son cœur, et se retrouver en proie aux affres de la torture jalouse quand il s’avère que, effectivement, l’autre est libre de trouver ailleurs les joies que nous ne savons lui apporter.

La jalousie n’est que le signe d’un manque d’estime de soi ou de fantasme de surpuissance. Qui peut prétendre combler entièrement un autre être, sachant que chaque être est constamment fluctuant, contradictoire ? Qui peut se sentir mal aimé parce que celui ou celle que nous chérissons ne nous appartient pas totalement ?

Les questions de fidélité et de jalousie nous renvoient toujours à nous-mêmes : la peur de perdre l’autre parce qu’il aime ou fait l’amour ailleurs ne révèlent que ceci : nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes, nous ne savons pas créer notre bonheur seuls. Tant qu’on est dans la dépendance affective de l’Autre, et que nous cherchons à le posséder, physiquement, affectivement, spirituellement, c’est que nous y trouvons une nécessaire part de nous-mêmes, qui nous manque. Dés lors que nous sommes « pleins », empreints de cet amour de nous et de la vie qui nous rend totalement indépendants de qui que ce soit, alors jalousie, possession, trahison, disparaissent. Alors nous devenons capables de laisser l’autre se satisfaire comme il l’entend, et de l’aimer tout autant.

La culpabilité qui peut naître chez les unes ou chez les autres de trouver son plaisir, voire son bonheur, en dehors de son couple établi, engendre souvent une remise en cause : cela veut-il dire que je ne l’aime plus ? cela veut-il dire qu’il/elle ne m’aime plus ? cela veut-il dire que je doive changer ? cela veut-il dire que je suis une mauvaise personne ? etc etc etc… Autant de questions, autant de réponses évasives, floues, mal déterminées. Parce que c’est maintenant chacun sa sauce, la Vérité sur le sujet a explosé au moment de la loi Weil.

Il n’y a pas de BONNE réponse. La seule fidélité qui prévale aujourd’hui, est la fidélité à soi-même. A son bien-être, à ses valeurs. A son bonheur, à sa liberté, qui s’arrête où commence celle de l’autre…

 

 

Par adelaïde dean - Publié dans : sea, sex and sun - Communauté : Parlons d'amour
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 11 février 2009

Escapade à Londres

La première fois que j’ai traversé la Manche pour me rendre dans la capitale des Englishs, j’avais 17 ans, 18 tout au plus, et le tunnel n’existait pas encore. Très émoustillée à l’idée de fouler le même sol que les Clash, je bravais sans nausée aucune la tempête qui fit rage en mer cette nuit là. Nous étions en Novembre, et j’allais découvrir Halloween en même temps que le tableau aux fleurs jaunes de Van Gogh, au National Museum (association esthétique douteuse s’il en est).

De ce premier séjour je n’ai retenu que le froid, le prix exorbitant des hôtels, les Punks du marché aux puces de Camden Town, et le visage angélique de l’amoureux que j’étais venu retrouver.

Mon second séjour à London City, tout frais, me laissera des souvenirs nettement plus durables je pense. Pas seulement parce qu’il a été plus culturel, ni parce que je me débrouille nettement mieux dans la langue de Shakespeare qu’à l’époque. Mais aussi et surtout parce qu’avec les années le regard s’aiguise et se fait plus critique…

Pour commencer, l’hôtel dans lequel j’ai logé n’était pas un bouiboui craspouille mais un havre de quiétude, à la déco classe et au lit king size, dans le très bobo quartier de Chelsea. J’ai entendu dire qu’il y avait là une équipe de foot renommée. Je n’ai vu aucun type aux cuisses musclées, mais en revanche de somptueuses voitures garées bien proprement le long des blanches façades, toutes identiques. Une Clio persistant à ne pas s’expatrier du quartier n’a cessé de susciter ma curiosité tant elle dépareillait avec les Porshes, BMW et autres Bentley.

Je m’étais préparée à me nourrir avec un air maussade de Fish and Chips et d’œufs brouillés, et j’ai découvert que, globalement, le Londonien mange italien, au restaurant et même dans les pubs. Contrairement à ce que je croyais aussi, il ne se saoule pas à la Guiness mais au vin, Chardonnay le plus souvent…

Picadilly a perdu ses airs rock’n roll pour devenir un immense centre commercial, et à Camden Town on trouve encore des Doc Martens à bas prix, mais plus un seul punk (ou alors il s’est reconverti en gothik).

J’ai cherché Hugh Grant à Notting Hill, mais je n’ai trouvé que les façades colorées et les milliers de touristes du marché aux objets anciens de Portobello.

A l’abbaye de Westminster, j’ai marché avec componction sur les tombes de Richard Kipling, Dylan Thomas, Lord Byron… Oui, car l’Anglais est économe, il enterre sous les dalles du glorieux bâtiment.

J’ai traversé la Tamise en songeant que la Récession ne devait pas toucher le pays puisque tous les bureaux restent allumés la nuit. A la Modern Tate Gallery, j’ai eu la chance de m’extasier sur la série des Rouges et des Noirs de Rothko, en exposition temporaire.

J’ai tenté de m’encanailler dans un pub reculé de Hammersmith, où rôde le fantôme d’Oscar Wilde paraît-il, mais je n’ai fait que m’y réchauffer auprès d’un bon feu, en buvant une pinte de bière au miel, tout à fait délicieuse d’ailleurs.

Bref, comme la rage qui animait mes 17 ans, la rebellitude de la cité semble s’être envolée. Ou alors elle se cache désormais sous les oripeaux du politiquement correct, comme un enfant qui fait semblant d’être adulte pour mieux passer les contrôles douaniers...

Par adelaïde dean - Publié dans : Voyages réels et oniriques - Communauté : J'me raconte...
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 31 janvier 2009


Certaines personnes mal informées pensent que le quartier de St-Michel-les Capucins (à Bordeaux) est mal famé. Parce qu’on y trouve beaucoup de personnes qui n’ont pas d’origines européennes, que les gars pissent n’importe où, que les immeubles ne sont pas fraîchement rénovés. Parce qu’on y trouve une épicerie et une boulangerie et une pharmacie ouvertes 24h/24. C’est louche. Parce que le carrefour est dangereux. Parce que la nuit, ce n’est pas désert.

Moi je vis là depuis un an et demi. Jamais le moindre problème. Les sorties de bar avec les mecs bourrés, les émigrés ne parlant pas français, les déchets du marché qui stagnent sur le trottoir jusqu’en milieu d’après midi, ne me posent aucun souci. Pas une fois je ne me suis fait agresser. Pas une fois je ne me suis dit, malgré les sirènes et les bastons en bas de chez moi : « ça craint ». Parce que j’ai toujours (ou presque) vécu dans des endroits comme celui-là. C’est dans ce genre de quartier que je me sens chez moi.

Parfois certains de mes amis masculins s’inquiètent de me savoir rentrer tard dans ma petite rue si réputée pour ses mauvaises fréquentations. Ça me fait marrer. Pas une fois je n’ai eu peur. Les gars de la nuit, c’est comme les chiens : s’ils sentent que tu as peur, ils attaquent ; sinon, ils passent leur chemin. Le secret, c’est de faire comme s’ils n’existaient pas. Si tu ne croises pas leur regard, tu ne fais pas partie de leur monde. Simple. Méthode apprise dans les rues dangereuses de Paris, lors de ma jeunesse… La seule fois où je me suis fait agresser, c’était dans une rue bondée…

Quartier à la mauvaise réputation, donc. Les bars ferment les uns après les autres. A Noël, ici, on n’a pas eu droit aux décorations. Quartier sinistré.

En rentrant ce soir, vers trois heures du matin, j’ai vu :

Un mec saoul qui ne savait plus trop bien où pisser

Une fille en mini-jupe et petit calicot, morte de froid, suivre son connard de mec à 20 pas derrière, certainement en mode « mais pourquoi ? »

Une voiture de la BAC qui patrouillait, on se demande quoi

Deux gars qui cherchaient des amateurs de shit

Deux Anglaises perdues

Avant, il y a quelques mois, quand je rentrais chez moi aussi tardivement, il y avait un phare dans la nuit. C’était un petit bar, un bar de quartier, qui oubliait souvent de fermer à l’heure réglementaire. Les amendes se multipliaient, mais le patron n’en avait cure. On se retrouvait là, entre 18 h et quelque heure du matin, entre gens qui cherchaient un lieu de vie, entre perdus qui squattaient un havre de réconfort. On était une petite centaine à porter là nos pas, de manière aléatoire, au gré des circonstances. Toujours on y trouvait des visages connus, des amis de la nuit, des histoires en suspens. Une même philosophie, surtout.

Le bar a fermé, victime des lois de l’économie, de la loi du marché, de la loi anti-tabac, des visites des Débits de boissons, de la conjoncture, de la mort du quartier, de la trop grande générosité de son patron…

Il y a tant de visages, de copains que je ne vois jamais plus… C’était notre QG, notre lieu de rendez-vous. Entre gens du même monde…

Maintenant, quand je rentre de soirée, je passe devant le rideau de fer fermé, et mon cœur se serre.

Le patron reste mon ami. Un ami cher. Très cher. Il a essayé de rassembler ceux qui gardent des étoiles dans les yeux et des rêves plein la tête. Il n’a pas échoué, il n’a simplement pas su résister aux lois, trop tête brûlée pour ça. Mais comment faire marcher un commerce quand on pense que le peuple doit tout partager ?

Vivre dans ce quartier m’est maintenant un peu amer. Il symbolise mes espoirs, et nos échecs. Aujourd’hui nous étions deux millions et demi à lever le poing pour dire que ce monde n’est pas le nôtre. La fermeture de ce bar, c’est comme l’aveu de notre impuissance…

Quand je rentre par les rues désertes de ce quartier réputé dangereux, je ne peux m’empêcher de penser que les gens ne savent plus ce qu’est le véritable danger : la division, l’opportunisme, l’individualisme à outrance.

Comme dit Keny Arkana : « ensemble nous sommes le monde et le système n’est rien », ou encore « tous, frères et sœurs, reformons la chaîne, car nous ne sommes qu’un, divisés dans la chair ».

Nous croyons être seuls. Nous pleurons, nous implorons. Nous ne connaissons plus notre force. Nos rêves ne sont que les signes de nos potentialités. Nous faisons le monde, jour après jour, avec nos actes et nos pensées infimes.

Toi qui lis ces lignes, songe à tes rêves, songe au monde dans lequel tu as envie de vivre, et ne crois pas que ce soit de l’idéalisme, de l’illusion, de l’infantilisme. Ceux qui ont changé le monde étaient tous des acharnés aux cœurs d’enfants. Rien n’est impossible. On a cru que la terre était plate, on a cru que les Noirs n’étaient pas des humains, on a cru que les homosexuels étaient des malades, on a cru que le capitalisme était LA solution. Nous nous sommes trompés, nous avons reconnus nos erreurs, nous avons évolué. L’avenir nous appartient. Nous sommes intelligents. Cessons de nous apitoyer sur les horreurs commises, pour mieux nous diriger vers un universel meilleur. Ensemble, faibles et forts, pauvres et riches, rêveurs et pragmatiques : unissons nos compétences, nos diversités, nos labeurs et nos rages, pour un monde enfin uni.

Tu ne le sais peut être pas, mais la Terre est notre Mère. Elle nous nourrit, nous protège, nous guide. Le Ciel est notre père, qui nous pousse à dépasser nos limites, à avoir envie de plus, à aller au-delà. Ensemble ils nous dirigent. Si tu ne les écoutes pas, ils te renieront.

« La vérité est en nous, parce que la vie est en nous ».

Par adelaïde dean - Publié dans : humeurs
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 31 janvier 2009


Le vendeur de fleurs

Il parcourt les rues chaque soir, sa brassée de roses au bras. Il entre dans les bars, les restaurants, et propose. Toujours discret, toujours souriant, il passe comme un fantôme ; personne ne saurait décrire son visage. Neuf fois sur dix, on ne croise même pas son regard, on ne voit que l’importun, avec ses fleurs qui ne sentent rien et qui seront fanées demain. Un simple signe de tête, un « non merci » fugace, et déjà il n’est plus là. Habitué à ne pas exister, à n’être qu’un courant d’air, il pousse pourtant inlassablement les portes, les unes après les autres.

Parfois un amoureux l’avise, sort son argent, prend une ou plusieurs roses, et les tend à sa dulcinée sans jamais l’avoir quittée du regard. Il offre un gage d’amour, se paie un geste romantique. Sa chérie le remercie, sourit. L’homme aux fleurs a déjà disparu, est déjà oublié.

Parfois un groupe d’amis l’interpelle, ils rient, font la fête. Ils achètent toute la brassée, s’esclaffent de leur désuétude, se congratulent de leur amitié. Ils sont heureux. Le vendeur, sans ses fleurs, redevient un passant comme les autres. Encore plus invisible.

Il rentre alors chez lui, dans son petit studio de la périphérie. Il allume la télé. Programmes de la nuit. Son chat miaule, il a faim. L’homme soupire et le nourrit. Il compte sa recette de la soirée. Un billet, beaucoup de monnaie. Demain il pourra acheter du café.

Il enlève ses chaussures, masse ses pieds endoloris. Il zappe et s’endort sur son mauvais canapé- lit.

Quand il était petit, il rêvait d’être garagiste, comme son père. Farfouiller dans le ventre des voitures, humer la bonne odeur de cambouis. Mais l’affaire familiale avait fait faillite. Trop d’électronique dans les nouveaux modèles. Sans le moindre diplôme, il n’avait pas trouvé à se faire embaucher ailleurs.

Il avait bourlingué sur les routes de France, vendant ses bras aux maraîchers, dans les vignes et sur les chantiers. Puis la fatigue avait cassé son dos.

Il avait cru toucher le fond, jusqu’à ce jour de septembre, où il l’avait entendue. Elle chantait dans sa boutique, en composant des bouquets. Du Brassens, son préféré. Elle était toute petite, menue comme une violette. Belle. Aussitôt, et pour la seule et unique fois de sa vie, il était tombé en amour.

Le jour où il put enfin acheter un énorme bouquet de fleurs champêtres, il le lui offrit. Elle rougit et bégaya qu’elle était mariée, qu’elle était désolée.

Maintenant il vend des roses, chaque soir.

Les gens sans visage ont aussi une vie.

Par adelaïde dean - Publié dans : portraits choisis
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 28 octobre 2008
Je viens de regarder le dernier épisode de la saison 1 (en DVD), et maintenant je sais ce que je mettrais dans mes prières du soir, si j'en faisais : qu'il y ait une saison 2 !

Hank est un écrivain fou amoureux de son ex femme, Karen, qu'il a quitté pour d'obscures raisons. Complètement à l'ouest, il baise à tout va et faire les pires conneries avec son ami et agent, un chauve pas sexy du tout, dont l'épouse est la meilleure amie de Karen. Becca, la fille de Hank et Karen est une ado sage et bien plus mature que ses parents, mais elle joue quand même dans un groupe de rock, attention, on est en Californie.
Karen s'apprête à épouser Bill, un gars sérieux, bien sous tous rapports, riche, sympa et tout et tout, mais présenté comme aussi marrant qu'un jour de pluie sans télé, et qu'on devine plus que plan plan sous la couette. Ce personnage, antithèse de Hank, a une fille : Mia. La sulfureuse et manipulatrice Mia, qui tombe sous le charme de Hank. Elle fera tout pour l'attirer dans ses filets, y réussira une fois, mais pas plus. Et sa vengeance sera à la hauteur de sa déception : terrible.
La grande question de cette saison est : Hank réussira-t-il à récupérer Karen, et à se remettre sur les rails de son talent d'écrivain ?

Le personnage de Hank est, au début détestable. Il incarne vraiment le pauvre type. Mais au fil des épisodes, de par son amour pour sa fille et son ex femme, par sa capacité à leur offrir ce qu'il a de meilleur, on finit par bien l'aimer et par lui pardonner ses nombreux travers. A la fin, on a presque envie d'être à la place de Karen !

Ce qui est intéressant dans cette série, outre le ton vraiment débridé et la réalisation très aboutie, c'est le dilemne qui se joue dans le coeur de Karen : en amour, que choisir, la passion ou la raison ? Si elle écoute son coeur, elle va vers Hank, qui n'est pas fiable, qui picole dés le réveil, qui semble n'avoir plus aucun avenir professionnel, bref, qui est tout sauf le mari idéal. Si elle écoute sa tête, elle va vers Bill, le solide et sérieux Bill, qui l'aime aussi, qui ne la trompera jamais, qui lui assurera paix et tranquillité jusqu'à la fin des temps, et qui, de surcroît, a une maison sublime de chez sublime.
Je ne vous dirait pas quel est son choix final, vous invitant à découvrir cette série, mais sachez qu'elle va douter jusqu'au bout...

On est nombreuses comme ça, à avoir vécu des histoires difficiles avec des hommes qui ne nous rendaient pas complètement heureuses, qui nous en ont fait voir, et on aspire souvent ensuite à se caser avec un petit gars sympa qui saura nous sécuriser et nous éviter les nuits blanches chez les copines à faire couler le mascara. Comme si c'était forcément tout l'un ou tout l'autre. Blanc ou Noir. Bon, d'accord, gris c'est pire. Mais quand même, est-ce qu'il n'existerait pas un juste milieu, la possibilité d'un amour passion qui puisse être teinté de suffisamment de raison pour que l'équilibre soit possible ?

Réponse dans la saison 2 j'espère !!
Par adelaïde dean - Publié dans : télé, ciné, images
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

  • : Le blog de adelaïde dean
  • adelaide-dean
  • : Loisirs
  • : On ne trouve que ce que l'on cherche... Puissent mes mots vous emmener vers ces contrées réelles ou irréelles dans lesquelles vous aimez flânez, pour y trouver les sourires et les pensées qui font avancer.
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus