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Dans les contes pour enfants, la princesse rencontre le prince après moult péripéties, ils s’aiment dés la première seconde, et leur vie n’est ensuite que… Bah, en fait, on n’en sait rien, de ce que leur vie est ensuite (sauf dans Shrek 4 où ENFIN un peu de réalisme tempère les soupes qu’on nous sert depuis deux cent ans, de Perrault à Walt Disney en passant par Hugh Grant). Et il ne vaut mieux pas, parce que sinon les enfants renonceraient directement à toute relation sentimentale.
Mais ce n’est quand même pas très sympa de la part des conteurs de laisser tout ce flou sur la suite des hostilités, pardon, des affinités. Parce que, quand on a 8 ans, et qu’on lit ces histoires de princes et de princesses, on est en pleine construction de sa personnalité, et ça laisse des traces, tout ce fatras de pommes, de nains, de dragons et de sommeil qui dure 100 ans. Arrivé à 18, on se sent tout moite devant un(e) prince(sse) potentiel, et paf, le cinoche se met en route.
Première étape : « ils se marièrent ». Bon, d’accord, à notre époque, on se marie moins, mais on pacse et on fait PEL commun, ce qui revient au même. C’est la version moderne de la robe blanche, rien de moins, rien de plus. Ce que les contes ne disent pas, c’est qu’il va falloir se coltiner la belle-mère, les poubelles, l’haleine fétide des lendemains de soirées passées à refaire le monde, le partage équitable des tiroirs, se faire la guerre à propos d’un objet aussi insignifiant que la télécommande, etc. Ce que les contes ne disent pas, c’est que, passé les premiers émois de la passion et les folles équipées sous la couette (période de trois ans maximum selon des experts tels que Beigbedder), il ne reste que deux individus qui se rendent compte que, tiens, il a la paupière qui tombe, et, tiens, elle n’a pas vraiment d’humour, et, tiens, j’aimerais bien qu’elle me lâche un peu, avec ses histoires de régime…etc (liste par définition non exhaustive).
C’est là qu’on passe, en général, à la deuxième étape « ils zurent beaucoup d’enfants ». Parce que, faut pas se leurrer, à part quelques exceptions, rares sont les couples qui font des enfants quand ils en sont encore à se regarder avec des yeux de merlans frits (z’avez déjà vu un merlan, frit, avec des yeux ?), à se pâmer devant un texto du style « je pense à toi », à faire des kms juste pour dormir ensemble sur une plage, à rougir de plaisir juste pour un baiser dans le cou. Donc, quand on commence à redescendre de son petit nuage, on fait des gosses. L’idée, c’est de cimenter. Comme la structure branle un peu, bah, un p’tit coup de mortier, et ça devrait tenir encore le coup pour un moment. Le plus souvent, c’est une erreur de calcul (mais tout le monde n’est pas maçon, et ne le sait donc pas). Quand la structure n’est pas solide, ce n’est pas du mortier qu’il faut, c’est revoir les fondations (et comme je suis maçon, je le sais). Mais ça, on ne l’explique pas dans les contes. Donc, les protagonistes s’activent et, si tout se passe bien, l’enfant paraît (je vous passe les joies de la grossesse, je ne veux surtout pas décourager ceux qui croient encore aux contes de fée). La belle-mère est de plus en plus présente et chiante, les poubelles sont pleines de couches odoriférantes, l’haleine est encore plus fétide parce que l’homme boit pour oublier, les tiroirs débordent de layette, la télécommande a définitivement disparu dans le bordel ambiant. Mais on continue malgré tout à s’extasier, enfin, on essaye, parce que, en vérité, ce qui fait chaud au cœur, ce n’est plus tant l’être aimé que le bout d’chou. Report de l’affection. Quand le syndrome ne touche que la mère, le père se désespère de faire couette tout-seul, mais il ne sait pas encore que, bientôt, ce sera chambre-à-part. Quand le syndrome touche les deux parents, c’est pire : engueulades à n’en plus finir sur la manière la plus adéquate de s’occuper du Trésor.
Il faut quand même savoir que plus d’un couple sur 3 se sépare durant la première année du premier enfant. Pour les 1,7 autres, ils ne perdent rien pour attendre.
Mais je n’ai pas ici la place pour continuer ma charmante petite histoire.
Ce que je voudrais souligner, c’est qu’il n’y a rien, mais alors RIEN de plus beau, dans une histoire d’amour, que les débuts : la rencontre et les quelques mois qui suivent. Même si c’est difficile, même si c’est problématique. Après, ce n’est que de la maçonnerie. On peut construire quelque chose de très beau, de sympa, de pas trop galère, de confortable, de socialement rassurant, tout un tas de trucs. Mais la poésie, le cœur qui bat, la chaleur impromptue au fond du ventre, les regards pleins d’étoiles, et tutti quanti, cela n’existe qu’au début. Oh, bien sûr, les magazines regorgent de recettes pour faire durer cette magie inaugurale. Mais comme toutes les recettes, elles ne sont bonnes que si l’on est doué pour les réaliser. Et si on est doué, on n’a pas besoin de recettes. Vous me suivez ?
Cela dit, si le début ne comporte pas ce vibrato de l’âme si particulier, sans vouloir être pessimiste ou particulièrement hargneuse envers les alliances pragmatiques (z’avez vu le prix d’une baraque à l’heure actuelle ?), il y a tout de même fort à parier que la suite sera aussi terne, bassement économique et potentiellement assez frustrante pour aboutir à une consommation excessive d’antidépresseurs, très dommageable pour le foie et le bilan financier de la sécurité sociale.
Cette phase délicieuse de nuits blanches et de restos où l’on se moque éperdument de ce que l’on mange étant passée, la machine s’enclenche. Je te suis, tu me fuis. Puis inversement. Et on recommence, c’est le grand Huit de la relation. Sûr que les dossiers du bureau deviennent secondaires, et que c’est bon de s’endormir en faisait des projets autres qu’un jogging dimanche prochain. Sûr que c’est lui/elle mon prince/ma princesse, et que je vais vivre pleinement heureux/ heureuse, avec mariage et enfants à la clef, puisque tel est mon destin (on me l’a dit quand j’étais petit(e)). J’aurais une maison à la campagne, et on fera nos confitures nous-mêmes. On aura un chien, et nos enfants gambaderont joyeusement dans les vertes prairies. On boira du Ricoré. On voyagera, on s’esbaudira sur les mêmes films, les mêmes livres, et on se câlinera au coin du feu. Etc, etc, etc.
C’est bon de rêver, c’est peut être même ce qu’il y a de meilleur en ce monde. C’est peut être même ce qui nous permet de tenir, de rester en vie, malgré tout ce qui nous chagrine, nous terrifie, nous emmerde, nous bouffe. Mais il faut rester lucide, et laisser aux rêves leur place de rêves. Sans quoi on se retrouve à pleurer, parce qu’il n’est pas assez disponible, parce qu’elle n’est pas assez chaleureuse, parce qu’il ne donne plus signe de vie, parce qu’elle est étouffante, parce qu’il ne veut pas s’engager, parce qu’elle gnignigni gnagnagna.
On se retrouve à pleurer parce que jamais, je dis bien jamais, la vie ne ressemble aux contes de fée. Sauf au début. Et ce n’est quand même pas rien. Ni un hasard d’ailleurs : les contes racontent les péripéties du prince pour enfin embrasser sa belle et l’emmener dans son F4, pardon, château. Dés que ce Graal est atteint, hop rideau, c’est l’heure de dormir, y’a école demain.
Etre bien seul, n’avoir besoin de personne pour être heureux, ça ce n’est pas du virtuel, ça c’est du réalisable, du réaliste. Et c’est toujours quand on est heureux en étant seul, pleinement, qu’alors l’histoire peut commencer. Je parle de la vraie histoire, celle dans laquelle on ne prend pas des vessies pour des lanternes, celle de la vie, dans laquelle les princesses ont de la cellulite et des enfants d’une précédente union, celle dans laquelle les princes avouent dés le départ qu’ils détestent passer l’aspirateur, et qu’ils passent leurs dimanches à jouer à la play-station ou devant des retransmissions sportives. Alors là, oui, l’amour peut se décliner, se conjuguer, à tous les temps, sur tous les tons. Parce que ce qu’on aime alors, ce n’est pas un résidu, une image, un hologramme, un fantasme, mais un être humain. Nettement plus amusant qu’un personnage de conte, à la longue.
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