Partager l'article ! L'aube grise du dimanche matin: ...
Il est 6 heures et demi. Un dimanche d’août. Hérésie, pour qui n’a pas d’horaires de travail, me direz-vous. Eh bien non.
Depuis quelques temps, j’ai remarqué que l’aube était mon moment préféré de la journée. Il y a quelques années de cela, c’était plutôt le début de soirée, ce que j’appelais « l’heure bleue », celle où, avant le crépuscule, la lumière se teinte légèrement d’un gris bleuté. Du moins à Paris.
C’était un instant toujours fugitif, une dizaine de minutes tout au plus, et pour que l’heure bleue advienne, il fallait des conditions météo propices (pas de pluie, par exemple).
Si j’aimais tant ce moment de la journée, c’était peut être justement parce que je n’étais jamais sûre d’en profiter, que rien ne me garantissait que je pourrais être attentive à la lumière de cet instant précis, dont l’heure variait un peu chaque jour.
C’était sans doute une façon de prendre la vie, de goûter ses miracles sans vraiment les attendre, sans les guetter. Une forme d’insouciance.
A présent, alors que rien ne m’y oblige, je me lève ou me couche souvent à l’aube, pour la contempler.
Elle a ce côté rassurant de l’éternel retour. Elle a aussi ce calme parsemé de bruits ténus : un moteur que l’on entend au loin, un volet qui s’ouvre, quelques pas sur le trottoir, parfois.
Quand j’habitais à la campagne, je me promenais pieds nus dans mon jardin, dans l’herbe pleine de rosée. J’avais un peu froid. C’était un moment unique, qui n’appartenait qu’à moi. Les oiseaux osaient encore à peine chanter. Le ciel prenait mille teintes, et on ne savait pas s’il ferait beau ou non, mais là n’était pas l’important. Je me sentais juste vivante, seule et vivante, en accord avec ce jour encore plein d’interrogations, de surprises bonnes ou mauvaises, d’émotions à venir.
Désormais je n’ai plus de jardin. Mais l’aube reste cet instant précieux de tous les possibles.
Et le dimanche matin en particulier, elle a ce goût particulier des lendemains festifs. On sent encore traîner dans l’air les excès de la veille, même si on est resté chez soi tranquille. Elle est alors, plus que jamais, apaisante.
Tout est gris, et le ciel peu à peu se teinte de roses et de bleus, avec quelques traînées foncées. Les toits des immeubles sont ternes. Je sens tous ces sommeils autour de moi, dans la ville qui bientôt grondera.
Aimer l’aube, c’est avoir besoin de promesses, c’est signe que l’on est en manque d’espoir.
Elle apparaît comme la page que l’on tourne sur les vicissitudes de la veille. Nouveau chapitre à vivre, elle en est la première page, que l’on parcoure avec cette gourmandise de l’attente. On ignore encore tout de ce qui nous sépare de la prochaine aurore, si toutefois on en vivra encore une, mais on peut être certain qu’à ce moment là, on touche du cœur ce qui fait le sens de notre existence : vivre chaque jour du mieux possible, peut être comme si c’était le dernier, peut être comme un miracle en devenir. La naissance de jour, c’est la naissance d’une vie. Renouvelée nuit après nuit, par on ne sait quelle chance ou quel malheur.
Déjà les rayons du soleil caressent les toitures. Les sons se font plus denses. L’aube s’en va, laissant sa place au matin.
Bientôt les maraîchers vont inonder ma rue de leurs cris. Les mamas et les enfants vont crier, les hommes s’engueuler, et je saurai que le kilo d’abricots coûte seulement un euro cinquante.
L’aube sera partie, emportant avec elle ce doux murmure de la paix, et la sérénité des espoirs informels, imprécis, ceux qui n’ont pas de nom parce qu’ils osent à peine exister, qu’il ne se fixent sur rien ; ces espoirs qui voguent comme des brises, sans trop savoir où aller, juste pour nous faire frémir de cette sensation étrange, à la fois intense et presque imperceptible, que l’on est vivant. Et que, probablement, ça vaut le coup.
(texte datant d’août 2008).
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Un dimanche gris ici aussi. Je suis Collier/Cravo du Brésil. Excusez mon français, s'il vous plaît. J'apprends.
Amicalement.
J'espère que vous aurez beaucoup de plaisir dans l'apprentissage de notre belle langue. Un ciel gris au Brésil ? ça donne envie, parce que c'est loin des images de cartes postales de Copa Cabana.