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La page blanche évoque souvent pour moi bien d’autres choses qu’une surface à remplir, à noircir. Tant d’autres carrés blancs se superposent à cet icône de l’écrivain ! Celui des films interdits aux mineurs, autrefois, sur le petit écran. Carré blanc qui lui aussi révèle tant de choses qu’on aimerait savoir tues, voire inexistantes. L’écrivain est aussi un pornographe : il montre ce que tout le monde dit et fait, mais dans le secret. Il y met parfois plus de style que le réalisateur de film classé X, mais pas toujours.
Autre carré blanc, de taille plus conséquente : le drap. Celui qui sèche dans la campagne, légèrement caressé par le vent, figure champêtre qui aussitôt nous donne à penser aux pique-nique joyeux, aux bousculades dans les bottes de foin, aux marronniers sous lesquels les nostalgies reverdissent… Grand carré blanc de fraîcheur, de douceur, d’innocence, dans l’imaginaire populaire. Mais le drap blanc est aussi celui qui revêt le lit pour le sommeil et pour la gaudriole. Draps sales que l’on ne lave pas souvent en famille, témoins d’étreintes qui, encore une fois, se savent mais ne se disent pas. La page blanche de l’écrivain prend ce grand format pour dire tout ce qui fourmille dans les corps, dans les cœurs, à la vue d’un drap sur un fil devant un champs, à la vue de draps froissés dans une chambre aux volets clos, où flotte un parfum lourd. Ce que voit l’écrivain devant sa page encore vierge, ce sont tous ces soupirs.
Page blanche, page d’ordonnance, où l’on tente de donner des remèdes aux âmes en peine, médecin aussi peu compétent parfois que certains docteurs désinvoltes, qui ne croient qu’en leurs quelques médicaments « miracle ».
Et les dalles de marbre, que l’on aime à fouler d’un pied nu dans les étés italiens, sont aussi des surfaces glabres qui racontent des histoires, pour peu qu’on s’y arrête. Des histoires de villas et de leurs habitants, forcément déchirés et aimants.
La page blanche, c’est encore la pierre tombale, stigmatisée elle aussi par quelques lignes, qui raconte tellement qu’un livre n’y suffirait pas. Les histoires des morts en disent bien plus que celles des vivants.
Rectangle blanc de l’écran, avant que le film ne commence, où s’inscriront des images, comme celles qui hantent l’esprit de celui qui écrit et qu’il traduit en mots.
Notre imaginaire trouve sans cesse sur son chemin des pages blanches où il peut à son aise dévider le fil de ses pensées, inscrire les signes qu’il veut se donner à voir, peindre sans pinceaux les déesses convoitées.
Alors, la page blanche, pour un écrivain, n’a rien du supplice prétendument salvateur : ce n’est qu’une surface vierge parmi tant d’autres, qui ne se prête ni plus, ni moins, à l’errance d’un ego sur un support.
Et l’écrivain a peut être encore moins de raisons que les autres de s’adonner au cri universel, puisque dans sa fonction réside sa vacuité : un écrit vain.
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vraiment très bien ce texte, est-il de vous ? Pas mal du tout et mieux encore
amicalement francine
Merci beaucoup, très touchée du compliment. Et oui, ce texte est de moi, comme tous ceux que je publie d'ailleurs.
alors pour moi, votre texte est formidable.
Amicalement francine