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"Mange, prie, aime" aurait pu être un de ces films à l'eau de rose qui dégoulinent de bons sentiments et de vérités en forme de clichés. L'adaptation du livre d'Elisabeth Gilbert évite cet écueil, sans doute parce que l'authenticité de l'auteur et le talent de Ryan Murphy n'auraient pu se satisfaire d'une simple opération "blocbuster hollywoodien". La distribution (Julia Roberts, Javier Bardem pour ne citer que les deux têtes d'affiche) n'est pas qu'aguicheuse : elle est aussi et surtout très juste. Les personnages reflètent si parfaitement ceux qu'on peut s'imaginer à la lecture du livre que c'en est troublant.L'histoire est d'une simplicité presque enfantine : suite à un divorce douloureux, une femme tente de se reconstruire en parcourant le monde, selon le vieux précepte incitant à prendre du recul, à mettre de la distance entre soi et son malheur.
Elle part d'abord en Italie où elle se réconcilie avec son corps, grâce à une orgie élégiaque de plats plus qu'appétissants, et à des rencontres empreintes de simplicité. Puis c'est son âme qu'elle tente d'apaiser durant une retraite spirituelle en Inde. La méditation intensive aura cependant moins d'effet sur elle que les rencontres qu'elle fera sur cette terre colorée, et en particulier celle de Félipe, un beau brésilien qui saura trouver le chemin escarpé de son coeur.
On retrouve dans ce film les préoccupations majeures du déclin occidental : comment être en paix avec son corps, son coeur et son âme. Mais le sujet n'est pas traité à la légère, l'accent n'est pas mis uniquement sur le fait qu'il faille savoir se faire plaisir et écouter ce que les autres ont à nous dire. Comme dans le livre éponyme, la force du vécu, transmise avec candeur et maturité à la fois, permet de toucher le spectateur bien après que la lumière se soit rallumée dans la salle. Chacun peut avoir l'impression que c'est une partie de sa vie qui vient de se dérouler sur l'écran, tant universelles sont les peurs ici divulguées. Peur de souffrir, peur d'aimer parce que cela rend vulnérable, peur de changer l'équilibre qu'on a eu tant de mal à construire...
On voyage avec la belle Julia Roberts et Rome devient une destination encore plus attractive après la projection, tout comme l'Inde. Mais c'est avant tout un voyage spirituel qui se fait en nous et qui nous pousse à nous poser les bonnes questions. Comment faire la paix avec notre corps, notre coeur et notre âme, cette sainte Trinité que les religions ont trop souvent défigurée ? Sans prétendre apporter la moindre révélation, l'ouvrage et son adaptation au cinéma peuvent pourtant ébaucher comme une réponse... aussi limpide que le sourire du mentor de l'héroïne.
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Clovis Simard