Vendredi 1 juillet 2011 5 01 /07 /Juil /2011 00:21

 

Donner la vie, ou plutôt la prêter, est en soi un acte d'une formidable témérité, qui mérite pour cela les honneurs rendus aux femmes qui acceptent ce sacerdorce. Mais si les femmes savaient ce qui les attend durant 9 mois, il est possible que les problèmes de surpopulation (et donc de pollution) seraient résolus.

En tant qu'écologiste convaincue (et peu pratiquante), je me dois donc de tenter de remédier au problème, ne serait-ce que parce que j'aimerais que mes enfants (à moi) grandissent sans masque à gaz.

Quand une femme annonce qu'elle est enceinte, on la félicite. On ne sait pas trop pourquoi, c'est la tradition. Finalement, qu'a-t-elle fait d'exceptionnel, si ce n'est la même chose que la plupart de ses congénères le samedi soir ? Mais l'usage veut que l'on applaudisse ses ovules efficaces et qu'on se réjouisse de cette bonne nouvelle. Comme quoi la survie de l'espèce demeure bien ancrée dans les moeurs.

 

Naïve, la primipare (c'est ainsi qu'on nomme une femme qui va enfanter pour la première fois) se réjouit aussi et fonce dérechef chez Nathalysse ruiner en vêtements qui ne seront portés que deux semaines. La grossesse, c'est bon pour l'économie textile.

Mais très vite les ennuis commencent. D'abord une sourde fatigue, aussi insistante qu'intense, s'empare d'elle, et elle se retrouve à s'endormir devant ses séries préférées, ce qui a pour effet de la rendre complètement inopérante dans les dîners mondains. Mais ce n'est là que le début de la rédition de sa vie sociale. En effet, chez les Bolduc, il n'est pas de bon ton de quitter la table précipitamment pour se rendre aux toilettes. Or la femme enceinte va découvrir, sous diverses formes, qu'un corps étranger à l'intérieur de son propre corps la mène plus que très fréquemment dans cet endroit. Soit du fait de nausées à issue explosive, soit du fait d'une vessie toujours trop pleine, parfois les deux.

Mais ça, tout le monde le sait ou presque, parce que c'est visible.

 

Ce que tout le monde ne sait pas, et la primipare non plus, c'est que ces désagréments ne sont que la partie émergée de l'énorme iceberg qui grandit en elle.

 

L'angélique femme enceinte qui se réjouit de voir son ventre s'arrondir, ne soupçonne pas que, dans peu de temps, sa peau va se déchirer, et pas que sur l'abdomen. Des genoux aux seins, toute une série de stries rouges plus ou moins profondes vont faire leur apparition, en passant par les fesses, les cuisses, et même dans ses parties les plus intimes. Les blondes à peau sèche sont certes les plus concernées, mais les jeunes aussi : plus la peau est tonique et ferme, plus les vergétures signeront l'arrêt de mort du bikini. Et que l'on ne se méprenne pas : les crèmes spéciales vendues à prix d'or ne changent quasiment rien à cet effroyable processus. Conclusion : si tu n'es pas une brune à peau grasse de 40 ans, oublie ta peau lisse. Ton homme lira en braille le récit de ton aventure de maman désormais.

 

Mais si ce n'était que cela... Non, non, prends garde ô primipare, car la liste des avanies encore longue...

 

Les chevilles qui gonflent du fait de la rétention d'eau, et qui empêchent de mettre des chaussures dignes de ce nom ; les remontées acides si on mange un peu gras ou en quantité ; les dents qui se gâtent (l'adage dit : un enfant, une dent en moins; avis à celles qui rêvent de famille nombreuse) ; les genoux qui font mal du fait du poids supplémentaire à porter, même quand celui-ci est maîtrisé ; le dos douloureux ; l'impossibilité de dormir sur le ventre, et même de bouger normalement dans le lit en fin de grossesse, chaque changement de côté nécessitant une série de contorsions compliquées (l'aide d'une grue serait la bienvenue) ; les douleurs dans le bassin et dans les côtes, les os bougeant pour faire de la place à l'utérus ; les insomnies (en fin de grossesse, là encore) ; l'odorat décuplé, qui rend insupportable la moindre odeur prononcée, comme un parfum capiteux ou la pollution ; la difficulté à effectuer des mouvements simples passé le 6e mois, comme se lever d'un fauteuil un peu profond, s'épiler le maillot, ramasser quelque chose par terre, vider une machine à laver, ou encore enfiler des chaussettes ; l'apparition ou le développement spectaculaire de la cellulite, qui sera désormais votre éternelle compagne... Sans oublier une circulation sanguine déficiente, ce qui entraîne douleurs dans les jambes, impatiences (syndrome des jambes sans repos), vaisseaux qui éclatent et autres joyeusetés.

 

Tout cela, c'est le lot commun des femmes enceintes qui ne souffrent d'aucune complication.

 

Parce que ça peut être largement pire si vous souffrez de diabète gestationnel (régime draconien prescrit), d'hypertension liée à la grossesse, d'un col de l'utérus mal fermé qui nécessite cerclage et/ou alitement pendant de longs mois, de phlébite (piqûres dans le ventre chaque jour). Vous pouvez aussi ne pas être immunisée contre certaines maladies, comme la rubéole ou la toxoplasmose. Dans ce dernier cas, votre alimentation devra être surveillée (adieu tartares et autres charcuteries) et votre chat devra déménager, tandis que vous devrez éviter la compagnie des enfants en bas âge.

 

Mais je n'ai encore abordé que l'aspect physique, corporel, des désagréments de la grossesse...

Chaque mois il vous faudra faire une prise de sang et vous faire ausculter par votre gynéco. Pour celles que ces deux examens rebutent, c'est un vrai chemin de croix.

Vous devrez aussi vous habituer au fait que les gens regardent essentiellement votre ventre et vous entretiennent de votre futur bébé avant tout : votre identité de femme disparaît progressivement derrière celle de future mère.

Il se peut aussi que votre compagnon n'ose plus vous toucher, troublé par cette présence qui grandit en vous et par laquelle il se sent « observé » lors des ébats amoureux. Ceinture jusqu'au retour de couches, soit environ 6 semaines après la naissance. Il se peut aussi que ce changement majeur de votre corps le désoriente tellement qu'il songe à aller voir ailleurs. Il peut aussi paniquer devant cette énorme responsabilité qui arrive, et prendre la fuite. Rien ne garantit que sa joie de devenir papa perdure après l'annonce du test de grossesse positif...

Il est probable que vous perdiez de vue pas mal d'amis. Vous ne buvez plus, vous ne fumez plus, vous n'allez plus danser, et vous êtes vite fatiguée. Résultat, on ne vous invite plus qu'à prendre un thé de loin en loin. Vous n'êtes plus très marrante, comme fêtarde, il faut bien le dire. Au bout de quelques mois, les seuls amis qui ne vous ont pas oubliée sont ceux qui ont déjà des enfants, avides de vous abreuver de conseils, ou les vrais de vrais, qu'on compte en général sur les doigts d'une seule main. L'isolement vous guette.

 

Je vous passe les détails pratiques tels que déménagement pour disposer d'une chambre pour l'enfant, éventuellement changement de voiture, batailles administratives diverses (avec la CAF, notamment, qui vous demandera 250 000 fois les mêmes papiers), compte en banque vidé par les achats du matériel de puériculture, recherche ardue d'une nounou ou d'une place en crèche si vous travaillez, etc.

 

En revanche, je ne passerai pas sous silence les aléas psychologiques liés aux flux d'hormones. Préparez vous à être d'une sensibilité extrême, à pleurer pour un rien, à manquer cruellement de tendresse même si votre moitié vous fait un câlin quotidien, à craindre sans cesse qu'il arrive quelque chose de néfaste à votre bébé, à croire que vous ne serez pas à la hauteur, à paniquer pour des broutilles, bref, à être constamment une cocotte-minute en passe d'exploser. Et neuf mois dans cet état là, c'est long, très long. Y compris pour votre entourage...

 

Alors, me direz-vous, comment se fait-il que les femmes qui sont déjà passées par tous ces aléas et catastrophes puissent avoir ne serait-ce que l'envie de recommencer, et enfanter de nouveau quand elles ont déjà un marmot ?

Je répondrai ceci :

  1. d'abord, il y a des veinardes qui vivent ces neuf mois sur un petit nuage, sans vergétures ni nausées ni crises de larmes intempestives. Ce ne sont pas les plus nombreuses, mais elles existent.

  2. Chaque grossesse est différente, et si l'une s'est mal passée, cela ne veut pas dire que la suivante sera à l'identique. L'inverse est vrai aussi, cela dit... Mais de la même manière que certains persistent à jouer au loto sans jamais rien gagner, l'espoir fait vivre et donc peut pousser à tenter sa chance.

  3. La survie de l'espèce semble être le syndrome le mieux partagé en ce bas monde.

  4. Un enfant, une fois qu'il est né, c'est chouette (un sacerdorce, certes, mais chouette). Donc on peut se dire que ça vaut le coup d'en pâtir pendant 9 mois pour toute une vie de joie (et de soucis, oui, mais bon).

 

Si je ne suis pas parvenue à vous décourager totalement, si malgré tout ce qui précède vous conservez l'envie d'arrêter la pilule, alors c'est que vous êtes prête à devenir mère. Parce qu'il faut une sacrée dose de folie, tout de même, pour décider sciemment de renoncer à ses grasses matinées, aux soirées arrosées jusqu'au bout de la nuit, aux vacances en sac à dos dans des pays où l'eau est douteuse, aux sorties décidées à l'improviste, et à tout un tas de choses qui font la vie légère et amusante.

Mais comme toute folie douce, celle-ci est pleine de surprises délicieuses qu'on ne regrette jamais...

Par Adelaïde Dean - Publié dans : humeurs - Communauté : FEMMES
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